La Montagne

À mes enfants, Guillaume, Laurie-Anne, Marjorie,
À mes petits-enfants, Marie, Jacob, Laurence, Fannie
Et pour ceux qui suivront,
Pour qu’ils croient toujours en l’Amour
Et qu’ils avancent sans cesse vers les sommets.

 

BROUILLARD

Dans la vallée,
Le brouillard,
Petit à petit,
Établit sa demeure.

À l’insu de tous,
Il s’infiltre,
Partout.

Sentant vaguement un malaise,
Chacun vaque à ses occupations,
Sans se poser plus de questions.

Doucement, un nid d’ouate se tisse,
Enveloppant toute la vallée.

Un air insidieux pénètre dans les narines.
Lentement, les sens s’engourdissent.
Les mouvements sont plus hésitants.

Les couleurs s’estompent,
Ne laissant qu’une grisaille constante dans la vie.
Les yeux ne perçoivent
Que des ombres floues
À travers la brume.

L’odeur des fleurs ne court plus dans les champs,
Aucune musique n’atteint plus les âmes.

Même le vent ne parvient plus à dissiper le brouillard.
Son chant ne se fait plus entendre,
Ni celui si tendre des oiseaux.

Aucune flamme n’excite plus les cœurs.

Le brouillard a tout envahi,
Étouffant la vie.

L’indifférence,
L’inconscience
S’installent.

 

Espoir

La vallée baigne dans un épais brouillard
Que mes yeux tentent de percer.

La conscience d’une présence
Toute proche
Se précise,
S’intensifie en moi.

Je devine quelque chose
De grand,
De merveilleux,
De mystérieux.
Quelque chose qui,
Sans la connaitre,
Donne tout un sens
À ma vie.

Elle s’impose
Comme une certitude.

Je sais que je dois chercher.

Tout est là.
Rien ne compte plus.

 

Éclaircie

Une éclaircie ouvre une brèche
Dans le brouillard,
Laissant pénétrer un filet de lumière.

Mes yeux aveuglés
Par cette clarté soudaine
Se plissent
Et scrutent l’horizon.

L’ouverture s’agrandit
Dévoilant la cime des montagnes,
Aveuglante de luminosité.

Mon regard ne peut se détourner
De ce spectacle éblouissant.
Il s’ajuste
À cette vision
Qui confirme le soupçon
Qui m’habitait.

Une chaleur douce et pénétrante
S’infiltre en moi,
Ouvrant mes yeux
À une voie grandiose,
Semant la certitude
Que je suis.

Soudain le voile
Se referme,
Laissant mes yeux
Dans l’obscurité,
Mais imprégnés de cette lumière
Qui obsèdera mes pensées.

 

Appel vers les sommets

Aujourd’hui l’étincelle
A jailli en moi.
La chaleur a gagné tout mon être.

Sous le charme,
J’ai écouté l’appel de la montagne.
Je marche vers elle.
Mon âme ne peut résister à son attrait.
Ma raison m’a abandonnée.
Je me laisse guider vers cette lumière.
Vais-je enfin comprendre?

Ma vie ne sera plus une marche incertaine
Dans un brouillard étouffant.
Mes pas sont surs
Ils me mènent vers le sommet de la montagne.

Je n’ai plus ce vague à l’âme,
Plus de gout amer.

Tout défile à une vitesse prodigieuse.
Je me sens entrainée dans un tourbillon ascendant
Vers des horizons prometteurs.

La route est ardue
Mais l’objectif est toujours là,
Fascinant.
Rien n’existe plus,
Que ce sommet ensoleillé.

 

Retour vers la vallée

Parfois le brouillard me rejoint,
M’isolant de mon objectif,
Cachant cette promesse
Qui me fait vivre.
Je cherche ma route à tâtons.
Ma confiance est ébranlée.
Pourquoi chercher si loin?

La pente est abrupte,
Les rochers escarpés.
La route est longue,
La cime, si loin encore.

Derrière moi, la vallée m’invite au confort.
La sueur me brule les yeux.
Les muscles endoloris,
Les mains et les pieds meurtris,
Les jambes lourdes,
Mes forces m’abandonnent.
Mes pas me ramènent vers la vallée.

Le brouillard m’enveloppe,
Se chargeant de fermer mes yeux,
D’étouffer les questions.
C’est le calme plat.

Tout s’estompe.
Mon corps reprend son rythme régulier.
Ma respiration redevient superficielle.
Mon âme se meurt.

 

Soudain, une touche d’impatience s’agite en moi.
Une soif intolérable se fait sentir.
L’étincelle est là,
Tout au fond.
Une braise veillait.
Un souffle l’a rallumée.

L’altitude me manque.
Je ne tiens plus en place.
Il me semble passer à côté de ma vie.

Mes poumons exigent cet air frais.
Mon sang attend de reprendre
Sa course folle dans mes veines.
Cette fièvre m’est devenue essentielle.

La montagne m’attend.
L’escalade me ramène à la vie.

Un souffle nouveau m’habite.

 

Remontée

Enfin !
Une éclaircie perce les nuages.
Sa lumière s’introduit en moi.
Elle irradie tout mon être.
Je vis !

Mes poumons se gonflent
À en perdre le souffle.
Ils ont de la difficulté à tolérer
Ce trop plein d’air pur,
Peu habitués à cette ardeur,
À cette passion.

Dans mes veines, mon sang coule
À une vitesse telle,
Qu’elle me donne le vertige.

Dans ma tête, tout pétille.
Ma peau frissonne de joie.

Tout mon corps accède
À un diapason jamais atteint.

La cime de la montagne m’apparait
Dans toute sa splendeur.
Mon cœur s’ouvre à son message.
Elle me transforme.

Plus rien n’existe
Que cette vision.
Plus rien n’existe
Que l’Amour.

 

La Montagne

Somptueuse, elle s’impose,
Forte de ce qu’elle est.

Elle semble inaccessible.
Mais une force s’en dégage,
Qui m’enveloppe, me subjugue.

Belle, elle l’est.
Mon âme s’y perd,
Sondant ses profondeurs,
Caressant ses versants.

L’oxygène y est plus rare.
Laissant la vie où elle est,
Je change de dimension.
Je me perds en moi.

La grandeur est de mise.
Mon âme vibre
Au rythme de cette paix.

 

Rencontres

Par où je vais,
D’autres ont marché.
Des traces de passages
M’indiquent la voie.

Je ne suis plus seule.
D’autres cherchent aussi.

Mon cœur est plein de gratitude
Envers la vie,
Pour ces miettes de bonheur.

Parfois, elle est plus généreuse.
Une rencontre fortuite
M’emplit d’une joie intense.

Nos regards se croisent et s’arrêtent.
Nous nous reconnaissons.
Le même rythme,
La même recherche
Nous unissent.

Une complicité sans mot s’établit,
Laissant nos âmes
Se rassasier à l’Amour.

Puis chacun reprend son chemin,
Espérant d’autres rencontres
Mais sachant que la route se poursuit,
Seul.

L’intensité de ces moments éphémères est liée
À ce que je cherche.
Je le sais.
Je le sens.

Nous nous retrouverons,
Au-delà de tout ce que nous connaissons,
Là où nous saurons enfin.

 

Découragement

Plus je monte,
Plus la pente est abrupte,
Inabordable.

Plus les gouffres sont profonds,
Infranchissables.

Souvent le découragement m’envahit.
Je crie mon désespoir.
Rien n’est donné,
Chaque pas est un combat à gagner,
Au prix d’efforts surhumains.

Pourquoi continuer?
Pourquoi chercher?

Pourquoi cette question constante?
Quelle est cette force
Qui ne me laisse de répit,
Qui au-delà de ma raison
M’entraine dans une recherche ardue?

Est-ce qu’un jour je trouverai?
Ma vie sera-t-elle assez longue
Pour faire un pas,
Pour comprendre?

 

Premier sommet

La route est longue
Mais le sommet approche.
À l’écart du monde,
Je marche au-dessus des nuages.
Les arbres rabougris, le lichen, le vent, les pierres,
Tous me disent ma folie.

Grisée par les hautes altitudes,
Ma vue se brouille,
Ma tête tourne.
Puis mon corps s’ajuste.

À bout de force,
Mes jambes avancent par habitude.
Je ne dois pas arrêter,
Je ne pourrais repartir.

Soudain, une lumière attire mon regard.
La cime est là.
Blanche de neige et de lumière.
Elle m’envoute.
Hypnotisée par cette vision,
Mes pas m’y mènent,
Sans plus de fatigue.

M’y voilà!
Je ne peux y croire.
Tout est lumière.
La beauté est présente partout.
Je crois toucher la perfection,
Le bout du monde.

Tout à coup, mes yeux,
Habitués à la lumière,
Surprennent l’horizon.
Je me sens trahie.

Dans le lointain,
Les pics lumineux se multiplient,
Annonçant d’autres ascensions.

Tout est devant moi.

 

Déception

Ma volonté s’effrite.
Ma cohérence s’éparpille à tous les vents.
Je ne sais plus qui je suis.
Tout m’atteint,
Tout me blesse.
Je m’effondre.

Qu’y a-t-il au delà de ces pics?
De combien de vies aurais-je besoin
Pour atteindre le But?
Quelqu’un guide-t-il mes pas?

Je me sens seule,
Si seule.
Mais, je le sais,
Ma place est ici.
Très loin au fond de moi,
Mon âme me crie de continuer.
Aurais-je la force?

Étendu sur le sol,
Vide,
Mon corps a démissionné.

 

Bonne et généreuse,
La Terre veille.
Lentement, doucement,
Une force s’infiltre en moi,
Me ranime.
La Terre me transmet sa vie.
Je refais surface.

Mes yeux s’ouvrent
À ce nouvel horizon.
Peu à peu ma vision s’élargit,
Mon cœur se gonfle,
Acceptant de nouvelles perspectives.

Comme les oiseaux
Qui reprennent la route du sud
Pour survivre au froid,
Comme les poissons qui remontent le courant
Pour frayer et permettre à leur race de subsister,
Mon instinct me dicte ma voie.

Elle est inscrite en moi.

 

Réconfort

Assise sur cette Terre bienfaisante,
Comme l’enfant accroché à sa mère,
J’y puise réconfort.

Elle soigne mes blessures,
M’enveloppe.
Je m’abandonne à Elle.

Mes muscles se détendent,
Mon esprit se calme.
Il s’imprègne de sa beauté,
De sa tranquillité.

Bercée par le vent doux,
Mon âme retrouve
Le rythme de la montagne,
Le rythme de l’Univers.

Toutes mes peines oubliées,
Je me laisse porter dans un monde de paix.
L’Univers me souffle ses secrets
Qu’Il retient depuis longtemps,
Attendant seulement
Une oreille attentive
Pour se livrer,
Pour partager.

Doucement,
Tendrement,
Il me parle
D’un monde
Où, je sais,
Se côtoient
L’Amour et la Lumière.

 

Une musique

Venant d’un espace lointain,
Une musique me rejoint.
Douce, calme,
Pénétrante.

Elle m’exhorte à continuer ma route.

Trouverai-je la paix?
Elle semble me le promettre.
Mes efforts resteront-ils vains?

Et si ce n’était pas le temps pour moi?

 

Quand le temps sera venu

Ma marche se poursuit
De pic en pic.

Je sais ce que je cherche.
Je sais qu’il faut du temps.

Mon impatience s’est calmée.
La route me parait moins longue,
Moins ardue.

Mes sens sont en éveil.
J’écoute l’Univers me confier la Vie.
Je goute chaque instant,
Chaque douceur,
Chaque beauté.

Chaque étape est nécessaire.
Chaque difficulté m’apporte un présent,
Me poussant à chercher,
À comprendre.

Un jour,
Le temps viendra
Pour moi.

D’ici là,
Je poursuis mon chemin.
Ma patience doit s’exercer.

Il faut du temps.
Du temps
Pour comprendre,
Du temps pour apprendre,
Pour aimer.

Je trouverai
Quand le temps sera venu.

 

Un jour

Le temps viendra
Où, au bout de nos pas,
Quelque soit le versant emprunté,
Nous nous retrouverons.

Au-dessus des nuages,
Sur les sommets d’une clarté aveuglante,
Nos yeux pourront voir.

Tout ne sera qu’harmonie.

Chacun de nos rythmes
S’unira aux autres
En une symphonie
Qui s’entendra
En ondes pures
Dans tout l’Univers.

Nous comprendrons
Que nous n’étions qu’Un.
Que tous,
Dans notre solitude,
Nous cherchions le même but.

Enfin, nous vivrons l’extase
D’une œuvre accomplie.
Une œuvre accomplie
Au cours des siècles.

Une œuvre qui a été longue à comprendre.

Une œuvre qui est passée
À travers la nuit.

Une œuvre qui a appris à voir.

Une œuvre qui a traversé la cime des montagnes.

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